Derrière ce film, il y a le talentueux à multiple facette, Toma Enache, qui en est le réalisateur, le protagoniste et le régisseur. Peu avant que le film soit projeté, les personnes sont venus nombreuses afin de pouvoir prendre possession de l’ambiance du long métrage. Les invités discutent chaleureusement entre eux, dans une atmosphère très intime, détendue. « Faites bien attention aux sous titres » énonce Nicolas Caraccota, membre de l’association AFA, parce que le film est entièrement en aroumain.
Rendez-vous 20 rue Cujas, dans le 5eme arrondissement de Paris, pour une projection privée du premier film aroumain au monde : « Je ne suis pas fameux, mais je suis Aroumain».

De gauche à droite, Nicolas Caracota et Toma Enache. ©Nicolas Luciu
Une porte s’ouvre… Les personnes se taisent, et vont s’installer silencieusement à leur place, respectueusement ils attendent. Une fois installé, le réalisateur, accompagné d’un traducteur français, présente son œuvre au public. Dans la voix du réalisateur, l’émotion se fait entendre. Il parle vite, le sourire aux lèvres, il est très ému. Il ne parlera qu’en aroumain, du début jusqu’à la fin de l’événement. Un traducteur vient sur scène pour les francophones. Il conclut son discours par de nombreux remerciements. Il annonce également qu’un autre film est en préparation.

La réalisation du film semble être un exploit. Deux ans de tournage, sans une aide financière significative. Il se murmure même qu’une personne âgée en Roumanie, a tenu à participer à ce tournage, et a donné toute sa retraite pour la réalisation ! Actuellement, il est classé 5ème au box-office roumain.

« Benjamin on est prêt ? »

Et voilà que déboute l’histoire ! Au générique d’introduction, on aperçoit le sigle des aroumains, le soleil. Rien n’est laissé au hasard. Le choix de faire le film en aroumain, est une volonté, car « la langue est ce qui nous maintient en vie » dit-il. Il ajoute que « ce film est réalisé par l’un des nôtres ». Il est présenté comme un « drame, inspiré de [son] histoire », un drame romantique qui décrit le voyage de Toni Camarusat. Toma Enache martèle que le film a été fait « par [les aroumains] même ». L’histoire se déroule dans plusieurs pays : la Roumanie, Bulgarie, Grèce, Albannie, Macédoine et États-Unis. Il nous plonge dans une quête culturelle à la recherche d’une carte et d’Armanamea … D’après la légende, le secret est gardé par Armanamea, la dernière descendante des Aroumains. Toni entreprend un voyage fou pour la rencontrer. Trouvera-t-il cette femme mystérieuse ? Par quels périples devra passer le héros ? Les surmontera-t-il ? La recherche de la vérité est omniprésente. « Il faut tout faire pour la sauvegarder [la culture aroumaine] ». L’après séance s’est déroulée à l’église Jean-de-Beauvais, à côté de Rue des écoles, autour d’un verre de champagne. Pour célébrer cette projection tant attendue et recueillir les émotions et opinions de ceux qui ont vu cette œuvre cinématographique.

Toma Enache. ©Nicolas Luciu
Ce qu’il ressort de cette histoire, c’est la volonté de Toma Enache pour préserver cette culture, et ce, coûte que coûte. Pour garder cette culture en vie, il faut une continuité. Le sujet de la descendance est essentiel : « combien veux-tu d’enfant ? J’en veux deux. » Sans enfant, plus d’héritage aroumain. La langue ne doit pas être oubliée. C’est le point le plus important. « Chaque mot recèle une histoire » peut-on entendre durant le film. Un metteur en scène parti à la recherche de l’origine de son peuple et qui souhaite faire perdurer non seulement les souvenirs, mais aussi les traditions. On ne peut que souhaiter à ce peuple atypique, que leurs croyances et coutumes, traversent les âges sans vieillir et qu’ils nous apportent ce petit grain de sel de mystère que nous cherchons tous.